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Hiver 2023-2024 : les indices décryptés par Météo-Contact


L’hiver météorologique a débuté il y a peu. Le présent article propose une analyse approfondie des différents indices à notre disposition ainsi que les évolutions prévues au cours du mois de Décembre susceptibles d’impacter la suite de l’hiver, pour fournir une tendance de l’hiver à venir.

 

Ambiance en hiver

Ambiance hivernale en montagne | Image d'illustration

 

Qu’est-ce que les tendances saisonnières ?

 

Les tendances saisonnières sont une science complexe ayant émergé il y a peu et dont la fiabilité n’excède généralement pas 60%. Il existe divers moyens d’établir une tendance saisonnière : par la modélisation, les indices, ou les analogies, la première méthode étant la plus répandue aujourd’hui et faisant l’objet de recherches actives. La seconde méthode se veut plus ouverte en mixant modélisation et analogie, afin de conserver la rigueur scientifique, mais peut faire l’objet de critiques en raison du réchauffement rapide du climat bouleversant ce qui était autrefois établi, pouvant de facto dégrader l’efficacité de l’usage des analogies.

 

Les tendances saisonnières purement analogiques sont peu répandues, mais se basent généralement sur un ensemble de cycles, de comparaisons avec des situations antérieures et de surcroît sur certaines lois statistiques. Cette méthode est également affectée par le réchauffement climatique qui contribue vivement à en dégrader la pertinence.

 

Les discussions autour de la modélisation saisonnière sont actives au sein de la communauté scientifique et certains points font encore débat, ce qui peut affecter les tendances saisonnières se basant en partie ou en totalité sur l’état des connaissances scientifiques.

 

La tendance proposée ici examine un vaste panel d’indices associé à une littérature scientifique étayée supportant l’analyse. Comme chaque année et de manière générale, les tendances saisonnières hivernales doivent être prises avec prudence et non au pied de la lettre. Elles se veulent généralistes, cherchant à cerner le régime atmosphérique dominant pour la saison concernée sur une région géographique étendue, ainsi que les impacts potentiels, dans les grandes lignes, sur l’Europe. Compte-tenu de l’incertitude inhérente à la difficulté de l’exercice et du caractère relativement récent de celles-ci, un décalage entre les tendances présentées ici et la réalité peut avoir lieu. Les points clés de l’analyse détaillée jointe en fin d’article sont ici présentés, ainsi qu’un rapide passage en revue des conditions de ce mois de Décembre susceptibles d’influencer la suite de l’hiver, comprenant les mois de Décembre, Janvier et Février.

 

Qu’est-ce qu’un indice ?

 

Un indice traduit un état particulier de l’atmosphère associé à des phénomènes physiques sous-jacents complexes sous la forme d’un état positif ou négatif avec ou sans unité, déterminé par ses impacts sur l’atmosphère. En quelque sorte, nous pouvons considérer qu’il s’agît d’une représentation simplifiée de relations physiques complexes entre différents champs de l’atmosphère, au travers d’un chiffre traduisant son état (on utilise souvent cette méthode de chiffrage pour identifier rapidement l’état des indices et les conséquences possibles de cela : on parle souvent d’indice positif ou négatif, fort ou faible, etc.). Mis bout à bout, ces indices permettent de donner une indication de l’évolution probable de l’atmosphère sur une échelle de temps allant de 1 à 3 mois minimum.

 

Températures de surface de l’Atlantique Nord

 

En raison de la proximité de l’Europe avec l’océan Atlantique Nord et de ses interactions avec l’atmosphère, les températures de surface (SST) de l’Atlantique Nord constituent un domaine d’intérêt important dans les tendances saisonnières. Les températures de surface de l’Atlantique Nord ont présenté des niveaux historiquement chauds depuis le mois de Mars, notamment au niveau des latitudes tropicales et subtropicales, mais aussi plus au nord, vers les latitudes moyennes. Ces conditions historiquement chaudes ont coïncidé, dans une certaine mesure qui reste à déterminer, avec des conditions durablement chaudes en Europe au cours de l’été et de l’Automne, amplifié par le réchauffement climatique d’origine anthropique. En hiver, les températures de surface de l’Atlantique Nord présentent deux principaux modes, dit modes tripolaires, présentant une signature en « fer à cheval ». Le premier mode est un mode « froid » se caractérisant par une signature de SST anormalement froides au sud du Groenland, anormalement chaudes aux latitudes moyennes et anormalement froides dans les latitudes subtropicales (schéma froid-chaud-froid), favorisant de manière générale un régime NAO+ sur l’Atlantique, caractérisé par des conditions douces et humides en Europe. L’autre mode, un mode que l’on peut assimiler comme « chaud », présente les caractéristiques opposées au mode froid, favorisant plutôt une NAO- pouvant donner lieu à des conditions plus froides en Europe.

 

Le mode tripolaire « froid » a majoritairement prévalu entre les hivers 2013/2014 et 2022/2023, atteignant un point culminant à l’hiver 2015/2016 qui avait été marqué par des conditions très douces et humides. Néanmoins, nous observons en ce début d’hiver un renversement de ce mode basculant davantage en mode « chaud », une première en début d’hiver depuis une bonne dizaine d’années. Ce mode est généralement associé, en début d’hiver, à des conditions plus froides en Europe, l’atmosphère y étant particulièrement sensible en début d’hiver.

 

Anomalie thermique

Anomalie de la température à la surface de la mer dans l’Atlantique Nord au 2 décembre 2023 - © Climate Reanalyzer

 

Généralement et de manière très schématique, un tel schéma réduit le gradient de température entre les latitudes subpolaires et les latitudes modérées, avec des eaux plus chaudes au nord et plus fraîches aux latitudes moyennes, ce qui contribue à affaiblir et à déplacer plus au sud le Jet-Stream (courant d’altitude se situant à la limite entre l’air froid et l’air doux). Cela a une importance particulière sachant que nous observons souvent de fortes descentes d’air froid en provenance de l’Arctique vers le Québec, entrant en collision avec les eaux plus chaudes au large du Labrador renforçant considérablement le Jet-Stream. Des eaux plus fraîches sont donc susceptibles d’affaiblir le Jet-Stream en diminuant le contact entre l’air froid et l’air chaud de la mer. Par conséquent, le schéma actuellement observé est susceptible de favoriser des blocages Nord Atlantique plus récurrents que ce que nous avons pu observer ces dernières années. De surcroît, de nombreuses recherches scientifiques ont été en mesure d’établir un lien entre des eaux très chaudes dans les latitudes subtropicales de l’Atlantique Nord et l’occurrence plus fréquente de blocages Anticycloniques dans les latitudes septentrionales de l’Atlantique Nord en hiver, pouvant donner lieu à des conditions plus froides en Europe.

 


 

Pour les plus curieux, n'hésitez pas à consulter la version détaillée des tendances saisonnières en version PDF :

Prévisions

Tendances saisonnières hiver 2023-2024

Retrouvez les grandes tendances à long terme pour l'Europe. Nous vous proposons un descriptif complet réalisé par notre prévisionniste spécialisé Baptiste.B

 


 

Oscillation Australe (El Nino)

 

L’ENSO, comportant 3 phases (La Nina, Nada, El Nino), ayant fait l’objet d’un article dédié mi-octobre, est actuellement en phase El Nino après 3 ans d’épisode La Nina entre 2020 et début 2023. L’influence de l’ENSO sur l’Europe est faible si elle est prise à part, mais peut exercer une influence en étant associée à d’autres indices comme l’Oscillation Décennale du Pacifique Nord (PDO) ou encore l’Oscillation Quasi-Biennale (QBO) en stratosphère, consistant en une alternance cyclique entre des vents d’ouest et des vents d’est au-dessus des tropiques, à une dizaine de kilomètres d’altitude, mais aussi en étant associé à l’état des températures de surface dans l’Atlantique Nord. Il faut savoir qu’il existe plusieurs « nuances » d’épisodes El Nino comme La Nina, déterminées en fonction de l’état des températures de surface dans le Pacifique Équatorial et de l’atmosphère. Les deux phases se caractérisent par des conditions dites « CP » ou « EP » pour Central-Based (centré au centre du Pacifique Équatorial) et East-Based (centré à l’est du Pacifique Équatorial). Un Nino de type CP a tendance à favoriser un régime de blocage Nord Atlantique plus récurrent, tandis qu’un Nino EP a tendance à favoriser un régime zonal plus récurrent.

 

Dans l’article de mi-octobre disponible sur le site, des incohérences avaient été pointées entre l’état de surface plutôt en faveur d’un fort El Nino de type EP et une réponse atmosphérique plutôt faible et basée plus à l’ouest, imitant un type CP. Ce décalage entre l’état de surface et la réponse atmosphérique se poursuit toujours, avec un schéma de forçage dans les tropiques très éloigné de ce que nous devrions observer pour un fort El Nino. La réponse atmosphérique affaiblie et le forçage toujours fixé plus à l’ouest conduit à affaiblir le Jet-Stream subtropical par rapport à ce qui aurait été le cas autrement, et à augmenter la probabilité de blocages Nord Atlantique, notamment en seconde partie d’hiver et plus fortement quand la MJO (Madden-Julian Oscillation), comportant 8 phases pouvant impacter la circulation atmosphérique dans l’Atlantique avec un délai d’environ 1 semaine (les phases 1 à 4 favorisent généralement un régime NAO+, propice à des conditions douces et humides en Europe, tandis que les phases 4-5 favorisent des flux plus méridiens propices à des alternances entre douceur et froid, et les phases 6-7-8 favorisent de manière plus franche la mise en place de blocages anticycloniques sur l’Atlantique), interagit de façon constructive avec ce dernier, amplifiant les impacts.

 

Comparaison

Comparaison entre le forçage atmosphérique observé en Novembre 2023 et les deux types d’El Nino généralement rencontrés – Réanalyses de la NOAA

 

Pour le moment, le forçage atmosphérique lié à El Nino n’a pas véritablement réussit à étendre son influence de façon systémique en dehors du Pacifique Équatorial, en raison d’une cellule de convection très restreinte à l’ouest du Pacifique Équatorial. L’influence de l’ENSO s’étend généralement à mesure que l’hiver progresse – cela pourrait donc avoir une plus grande importance sur la seconde partie de l’hiver (Janvier et Février). Le graphique ci-dessous montre la réponse observée, en moyenne, de l’oscillation Nord Atlantique (NAO) aux différents états de l’ENSO en fonction du PDO.

 

Réponse moyenne de la NAO en fonction de l’ENSO et du PDO

Réponse moyenne de la NAO en fonction de l’ENSO et du PDO

 

Nous pouvons observer que lors d’un El Nino, indépendamment du PDO, la seconde partie d’hiver (généralement Février-Mars) présente des conditions plus propices aux blocages Nord Atlantique, pouvant conduire à des conditions davantage hivernales en Europe, que la première partie d’hiver (Décembre-Janvier). Depuis l’hiver 2020, nous sommes dans un régime PDO- de connotation marquée. Nous pouvons observer que lors d’un forçage atmosphérique de type CP/PDO-, le début de l’hiver est dominé par des conditions NAO+, tandis que la seconde partie d’hiver est davantage dominée par la NAO- (Janvier, Février, Mars atteignant un paroxysme en Février). Ceci peut s’expliquer par une réponse du Jet-Stream subtropical modifiée lors d’un événement CP par rapport à événement EP, qui tend à être plus faible et plus au sud lors d’un événement CP, et plus fort et plus au nord lors d’un événement EP.

 

Notons que selon ce même graphique, des conditions NAO+ devraient prédominer en Décembre, ce qui ne devrait finalement pas être le cas en moyenne, ce qui est inhabituel pour un événement El Nino en début d’hiver. Le froid inattendu au regard des tendances saisonnières et des modèles saisonniers plus tôt dans l’automne de début décembre interroge également sur une éventuelle perturbation des impacts classiques d’El Nino. Le mois de Décembre devrait néanmoins être dominé en partie par un régime zonal NAO+, mais des signaux allant en faveur d’une fin décembre plus hivernale dont nous discuterons plus tard dans l’article pourraient conduire à une NAO négative en moyenne sur Décembre. Dans l’ensemble, l’indice devrait, si le forçage atmosphérique continue d’être affaibli et décalé vers l’ouest et associé à l’état de fond (PDO-, QBO- dont nous allons parler ensuite, SST Atlantiques plus chaudes en forme de tripôle chaud-froid-chaud), favoriser une seconde partie d’hiver potentiellement plus hivernale en Europe.

 

Oscillation quasi-biennale (QBO)

 

Le QBO est une oscillation des vents en stratosphère au-dessus du Pacifique, comportant deux phases alternant environ tous les 14 mois entre elles (la phase négative fait référence à des vents d’est, et la phase positive à des vents d’ouest). Une phase négative a tendance à augmenter la probabilité d’un Réchauffement Stratosphérique Soudain (RSS, SSW en anglais) et augmente de manière plus générale les chances de conditions plus hivernales en Europe, tandis qu’un QBO positif favorise un Vortex Polaire Stratosphérique (VPS) plus fort. Nous sommes actuellement dans une phase négative mature, ayant atteint la basse stratosphère. Par conséquent, la probabilité d’un SSW semble plus élevée que d’habitude, et la descente du QBO- vers la basse stratosphère pourrait contribuer à amplifier l’activité de la MJO. Associé à El Nino, au Vortex Polaire Stratosphérique et Troposphérique déjà affaibli, à la synoptique modélisée ces prochaines semaines dans l’Hémisphère Nord et aux autres facteurs, l’occurrence d’un SSW semble plus probable que d’habitude vers début ou mi janvier, sans pour autant que cela ne garantisse automatiquement du froid en Europe.

 

Évolution du QBO au cours des 2 dernières années - © NASA/GFSC

Évolution du QBO au cours des 2 dernières années - © NASA/GFSC

 

 

Enneigement Eurasien

 

L’enneigement eurasien est particulièrement bon en ce début d’hiver. La neige s’est étendue jusqu’en Europe, où 60% de la surface était estimée enneigée début décembre, une étendue pas vue depuis 2010 à cette période de l’année. Un enneigement plus important vers l’Europe permet au froid de se constituer plus rapidement et augmente les réserves d’air froid. Par ailleurs, un tel enneigement est susceptible de générer des anticyclones de surface si la situation est favorable et augmenter les flux de chaleurs vers la stratosphère. En Scandinavie, l’enneigement est particulièrement profond par rapport aux dernières années et nous constatons globalement une meilleure réserve de froid sur la Scandinavie par rapport aux années antérieures.

 


 

Pour les plus curieux, n'hésitez pas à consulter la version détaillée des tendances saisonnières en version PDF :

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Tendances saisonnières hiver 2023-2024

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Vortex Polaire Stratosphérique

 

Le Vortex Polaire Stratosphérique (VPS) se forme chaque année en début d’automne et disparaît généralement à la fin du printemps. Comme son nom l’indique, il se trouve en stratosphère, à une dizaine de kilomètres d’altitude de la surface. De temps en temps en Hiver, quand il est durablement mis sous pression par de forts afflux de chaleur en provenance de troposphère, il peut subir ce que l’on appelle un « Réchauffement Stratosphérique Soudain » (que l’on notera ici SSW) conduisant à une inversion des vents zonaux stratosphériques passant d’une direction ouest en est à une direction est en ouest. En fonction des conditions présentes à ce moment, il peut ou non se propager vers la troposphère et affecter à grande échelle les schémas de circulation atmosphérique.

 

À la suite d’un SSW, le VPS peut prendre deux formes : se diviser en deux ou simplement se déplacer. Le premier est souvent à l’origine des impacts les plus sévères possibles d’un tel événement et augmente les probabilités de propagation, tandis que le second est moins propice à une propagation en troposphère et rend les impacts plus aléatoires, ils durent généralement moins longtemps que lors d’une division. De la même manière, un SSW peut acquérir deux types : être de type « Sibérien » ou « Nord Atlantique ». La différence vient de l’endroit où ils se forment et sont tout deux associés à des synoptiques bien précises en troposphère permettant de les déclencher. L’identification précoce de telles synoptiques constitue une alerte précoce indiquant qu’un SSW est plus probable dans un horizon de 15 à 20 jours, ainsi que son type, mais pas ne permet pas d’identifier sa finalité. Un SSW qui se propage avec succès en troposphère peut conduire à des conditions hivernales durables dans l’Hémisphère Nord, en particulier en Russie, en Europe mais aussi aux États-Unis. Ce n’est pas toujours le cas et cela dépend des conditions d’arrière plan (favorables ou non). Par ailleurs, il existe des cas où le Réchauffement Stratosphérique n’est pas assez puissant pour inverser les vents zonaux stratosphériques. Dans ce cas, il n’entraîne qu’un ralentissement mineur des vents zonaux et des impacts moindres. Les répercussions peuvent être immédiates ou arriver 2 à 3 semaines plus tard.

 

Actuellement, les modèles projettent une synoptique fortement susceptible de déclencher un SSW dans un avenir proche, potentiellement vers début ou mi-janvier. La présence d’un fort anticyclone de surface en Russie et plus particulièrement dans l’Oural lié à une vague de froid étendue et intense qui va toucher la Russie ces prochaines semaines, associé à un flux zonal dans l’Atlantique, un blocage anticyclonique sur l’Amérique du Nord et des conditions dépressionnaires dans le Pacifique est ce que l’on retrouve généralement avant un Réchauffement Stratosphérique de type Sibérien. Les modèles projettent une persistance relativement durable de ce schéma, ce qui devrait vraisemblablement conduire à une pression accrue sur le Vortex Polaire Stratosphérique au cours des prochaines semaines, atteignant un paroxysme fin décembre et début janvier en lien avec l’arrivée des forçages tropicaux susceptibles d’exciter davantage les flux de chaleur vers la troposphère.

 

Prévisions de l’anomalie des géopotentiels à 500hpa

Prévisions de l’anomalie des géopotentiels à 500hpa pour la période 4-9 décembre (gauche) et schéma généralement observé 14 jours avant un SSW Nord Atlantique ou Sibérien (droite) – Tropicalidbits et Michael J. Ventrice

 

L’image ci-dessus montre une ressemblance frappante entre ce qui est généralement observé 2 semaines avant un SSW Sibérien et ce qui est actuellement modélisé début décembre. La ressemblance n’est pas parfaite mais très proche. Cela, associé aux indicateurs d’arrière plan dont nous avons discuté plus tôt et à l’arrivée des forçages tropicaux, devrait augmenter la probabilité d’un SSW début janvier ainsi que la probabilité d’un VPS affaibli en seconde partie d’hiver, pouvant avoir comme conséquence des schémas davantage bloqués dans l’Hémisphère Nord en seconde partie d’hiver si celui-ci se produit et se propage correctement. Les modélisations des modèles du centre européen pointent également vers une probabilité plus grande d’un affaiblissement notoire du VPS début janvier.

 

Modèles saisonniers

 

Les modèles saisonniers, qui se composent d’un ensemble de 8 modèles principaux sortis au début du mois de Novembre indiquent une probabilité plus élevée que d’habitude de conditions zonales prédominantes en Décembre, suivi d’un changement de circulation en faveur de blocages Nord-Atlantique en Janvier et Février atteignant un paroxysme en Février. Ces modélisations ne sont pas incohérentes avec les facteurs discutés. Dans l’ensemble, les modèles saisonniers pointent un hiver doux et humide, notamment vers la méditerranée. La douceur, en moyenne trimestrielle, est principalement modélisée à cause d’un mois de Décembre qui était vu très doux, mais qui pourrait l’être dans une moindre mesure en raison du froid inattendu de début décembre et un potentiel retour de ce dernier fin décembre.

 

Anomalie pression mer

Moyenne de l’ensemble des modèles saisonniers ; Anomalie de la pression au niveau de la mer pour les 3 mois d’hiver - Copernicus

 

Conditions actuelles

 

Actuellement, nous nous dirigeons vers un régime zonal temporaire sur l’Atlantique lié au passage en phases 1, 2 et 3 de la MJO fin novembre (associé à une hausse de la convection vers l’Indonésie), et à la chute de la dynamique atmosphérique ayant permis la mise en place du bref blocage sur l’Atlantique fin novembre et début décembre ayant donné lieu à des conditions hivernales en Europe. La MJO se dirige de nouveau rapidement vers ses phases 6/7/8 (associé à une hausse de la convection vers le Pacifique) qu’elle devrait atteindre aussi tôt que le milieu de la deuxième décade de décembre (vers le 13 décembre), où elle interagira de façon constructive avec El Nino. Cela devrait entraîner une hausse des flux méridiens à travers l’Hémisphère Nord via une modification des schémas de vent et une modification du moment angulaire global, des notions relativement complexes qui ne font pas l’objet du présent article. Cela pourrait entraîner un retour des blocages sur l’Atlantique Nord dès le début de la dernière décade de Décembre (20 décembre), avec un risque croissant au fil des jours.

 

En parallèle de cela, une importante vague de froid va se développer en Russie et devrait persister pendant plusieurs jours. Ce froid va être à l’origine de la formation d’un puissant anticyclone de surface en Russie et plus particulièrement dans l’Oural, faisant pression sur le Vortex Polaire Stratosphérique, déjà préalablement affaibli. Cette pression devrait s’accentuer significativement fin décembre et début janvier en lien avec l’arrivée du forçage tropical. Le Vortex Polaire Troposphérique est déjà affaibli, et cela devrait se poursuivre. Un VPT préalablement affaibli est une condition qui augmente les probabilités d’une propagation d’un éventuel Réchauffement Stratosphérique Soudain. Les réserves froides sont plutôt bonnes voir meilleures que ces dernières années en ce début décembre du côté de la Russie et de la Scandinavie.

 

Que retenir ?

 

De cette analyse approfondie et de la tendance qui va en résulter, nous pouvons retenir que les principaux indices et que les conditions observées et prévues à échéance de 1 à 2 semaines sont plutôt favorables à une seconde partie d’hiver (Janvier et Février) plus ouverte du point de vue des potentiels hivernaux. Nous pouvons en tirer que :

 

- Les températures de surface de l’Atlantique présentent un schéma différent de ces 10 dernières années, avec un basculement du mode tripolaire « froid » vers le mode tripolaire « chaud » davantage propice à la mise en place plus récurrente de blocages Nord Atlantique et de conditions froides en début et milieu d’hiver.

 

- El Nino continue d’agir différemment de ce que à quoi nous nous attendons normalement à voir, avec un couplage atmosphérique affaibli et décalé plus à l’ouest, imitant un Nino de type CP davantage propice à une seconde partie d’hiver plus hivernale en accord avec le QBO, PDO, les SST Atlantiques principalement.

 

- Le QBO atteint sa phase négative mature et s’est propagé vers la basse stratosphère. Associé aux autres indices, la probabilité d’un Réchauffement Stratosphérique Soudain est plus forte qu’habituellement.

 

- L’enneigement Eurasien est plutôt bon, notamment du côté Européen, marquant une rupture avec les dernières années en début d’hiver. Cela pourrait favoriser la mise en place d’un solide anticyclone de surface dans l’Oural exerçant une pression notable sur le Vortex Polaire Stratosphérique.

 

- Le schéma synoptique modélisé début décembre est cohérent avec le schéma généralement observé 2 semaines avant un Réchauffement Stratosphérique Soudain de type Sibérien, coïncidant avec des forçages d’arrière plan favorables à son déclenchement puis sa propagation avec un Vortex Polaire Troposphérique préalablement affaibli.

 

- Le consensus actuel fait état d’une poursuite du régime zonal doux et humide en Europe jusqu’au début de la dernière décade de Décembre suivi d’un retour plus franc des blocages Nord Atlantiques.

 

- Les modèles saisonniers pointent une probabilité plus élevée que d’habitude de régime NAO- dominant en seconde partie d’hiver.

 

D’autres indices non mentionnés ici mais analysés dans l’analyse complète jointe en fin d’article pointent également vers le même signal de seconde partie d’hiver bloquée. Certains indices s’y opposent cependant, mais ils ne sont pas majoritaires.

 

La tendance en Europe

 

Décembre – Un mois d’alternance | Après une brève période froide au début du mois, le mois de décembre renoue avec des conditions zonales, marquées par un temps plutôt doux et humide en Europe. Dès la 3ème décade, un temps plus hivernal pourrait revenir en Europe – potentiellement vers Noël – avec le retour des blocages anticycloniques sur l’Atlantique Nord en lien avec un basculement des indicateurs d’arrière plan sous-saisonniers vers des conditions favorisant un régime davantage bloqué. Dans l’ensemble, le mois de décembre pourrait se révéler plutôt doux et humide sur l’Europe Occidentale, marqué par 3 phases distinctes.

 

Janvier – Un mois plutôt hivernal | Le mois de Janvier pourrait se démarquer par son potentiel hivernal en Europe. Le début du mois présente un potentiel marqué de conditions hivernales en Europe, qui pourraient s’ancrer et se prolonger sur une bonne partie du mois. Dans l’ensemble, les températures devraient se situer proches des normes thermiques en moyenne, peut-être légèrement déficitaires, avec des périodes plus froides, tandis que les précipitations resteraient relativement conformes aux normes de saison, plus marquées vers la méditerranée. Les blocages Nord-Atlantique seraient dominants.

 

Février – Possiblement hivernal | Le mois de Février pourrait être coupé en deux, avec une première partie plus froide suivie d’une seconde plus douce. Les précipitations pourraient se situer proche des normales, plus élevées, de nouveau, vers la méditerranée. Dans l’ensemble, les températures pourraient se situer dans les normales de saison à légèrement excédentaires. Les blocages Nord-Atlantique pourraient rester dominants.

 

Un hiver ouvert aux conditions hivernales | Dans l’ensemble, l’hiver 2023-2024 se révèle ouvert aux conditions hivernales, notamment en seconde partie, où une bonne partie de l’Europe pourrait connaître des conditions particulièrement froides, tandis que l’Europe Occidentale serait davantage en marge mais également amenée à connaître des séquences froides notables. Le bilan thermique et pluviométrique pourrait se révéler conforme aux normes de saison tandis que le régime atmosphérique dominant serait typé NAO-, c’est-à-dire des blocages anticycloniques récurrents vers le Groenland et l’Islande.

 


 

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 Baptiste   Article écrit par Baptiste B

 

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Dernière mise à jour le Mardi 05 décembre 2023 à 22:03:15

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