EXCLUSIF. El Niño : vers 2°C de réchauffement en 2027 ?

Alors qu’un El Niño historique se développe dans le Pacifique, une projection inédite montre que la planète pourrait franchir pour la première fois le seuil de +2°C de réchauffement planétaire de l’Accord de Paris en 2027.

El Niño pourrait porter la température mondiale à près de +2°C en 2027, selon une projection climatique.
El Niño pourrait propulser les températures mondiales vers les 2°C de réchauffement en 2027

El Niño 2026-2027 : des modélisations toujours plus intenses

Depuis plusieurs mois, les modélisations renforcent constamment El Niño, entrevoyant désormais un épisode historiquement fort en 2026-2027. La NOAA estime à environ 69% la probabilité que l’indice RONI — retirant l’influence du réchauffement général des océans tropicaux afin de mieux isoler le signal propre à El Niño dans un climat qui se réchauffe — atteigne +2,5°C ou davantage dans la région de référence Niño 3.4 entre octobre et décembre 2026, tandis que la probabilité de dépasser +2°C au cours de cette même période atteint 95%. Ces probabilités illustrent le caractère exceptionnel de l’El Niño 2026-2027 actuellement envisagé.

Pour évaluer plus spécifiquement l’impact potentiel d’El Niño sur les températures mondiales, nous nous intéressons ici à l’ONI, qui mesure directement les anomalies de température à la surface de l’océan dans la région Niño 3.4. La synthèse des modélisations de l’ONI disponibles au 1er août 2026 confirme un scénario particulièrement intense : la médiane multi-modèles atteint environ +3,4 °C en septembre, puis culmine autour de +4 °C en novembre 2026, avant une baisse progressive au cours de l’hiver. La majorité des modèles envisagent ainsi un El Niño extrême, avec des valeurs nettement supérieures aux seuils habituellement utilisés pour caractériser l’intensité du phénomène, témoignant d’une intensité inédite dans l’ère moderne.

Prévisions El Niño 2026-2027 : évolution de l'indice ONI Niño 3.4 jusqu'en avril 2027
Prévisions mensuelles de l'indice ONI jusqu'en Avril 2027

Des implications majeures pour les températures mondiales

Un tel degré de réchauffement des eaux du Pacifique Équatorial en si peu de temps pourrait avoir de larges répercussions à l’échelle planétaire, notamment en venant temporairement amplifier le réchauffement climatique d’origine humaine. Afin d’estimer l’impact potentiel de cet El Niño exceptionnel sur l’évolution des températures mondiales, une projection inédite réalisée à partir d’un modèle statistique permettant d’isoler la contribution de plusieurs grands facteurs climatiques a été développé. Celui-ci s’appuie notamment sur les températures de surface de la mer du Pacifique Équatorial ainsi que sur les tendances observées au cours des dernières décennies.

Appliqué aux conditions actuellement observées et aux projections disponibles pour 2026-2027, le modèle met en évidence un signal particulièrement marqué en faveur d’une nette amplification du réchauffement planétaire au cours des prochains mois, avec près d’une chance sur quatre de franchir temporairement le seuil de +2 °C de l’Accord de Paris début 2027, et en prolongeant les projections jusqu’à la fin 2027, celle-ci est virtuellement certaine de terminer comme l’année la plus chaude jamais enregistrée, peu importe l’hypothèse considérée (persistance de conditions ENSO neutres ou froides), atteignant une moyenne annuelle de +1,75°C [+1,57 ; +1,92]°C à 90% de confiance selon les conditions de la deuxième moitié d’année.

Graphique montrant une probabilité de 24% de dépasser +2°C de réchauffement mondial en mars 2027 dans un scénario El Niño.
24% de probabilité de dépasser +2°C en mars 2027 avec El Niño

Une telle probabilité d’excéder 2°C de réchauffement planétaire en mars 2027 se situe bien au-delà de la distribution thermique standard du climat actuel et serait virtuellement impossible sans l’occurrence d’El Niño relativement à la tendance de fond seule dans le climat actuel, tandis que la probabilité d’excéder 1,5°C est rendue 1,6 fois plus probable par ce dernier.

Projection du risque de dépasser +1,5°C et +2°C en mars 2027 sous l’influence d’El Niño
El Niño pourrait rendre 1,6 fois plus probable le franchissement du seuil de +1,5°C de réchauffement planétaire et 23% plus probable le franchissement du seuil de +2°C lors de son paroxysme d'influence en mars 2027

En réponse à l’excédent de chaleur transféré de l’océan vers l’atmosphère par El Niño, les températures mondiales pourraient régulièrement se situer au-dessus de +1,9°C par rapport aux niveaux préindustriels entre janvier et mai 2027, période durant laquelle la réponse du système climatique à l’épisode El Niño est modélisée comme maximale, avant une décrue progressive à partir de juin 2027. De décembre 2026 à juillet 2027, la probabilité que le réchauffement planétaire reste supérieur à +1,5°C demeure continuellement de 100% ou proche de 100% selon les projections du modèle, tandis que la probabilité d’atteindre ou excéder +2°C reste proche de 20% à 25% entre janvier et mai 2027.

Tableau probabiliste montrant, mois par mois de juillet 2026 à août 2027, la probabilité de dépasser des anomalies de température mondiale comprises entre +1,5°C et +2°C par rapport à 1850-1900. La probabilité de dépasser +2°C atteint 24% en mars 2027.
Probabilité mensuelle de dépasser +1,5°C à +2°C de réchauffement planétaire entre juillet 2026 et août 2027, selon la projection TESR intégrant la dispersion des scénarios ENSO.

Ainsi, la première moitié d’année 2027 (Janvier-Juin) pourrait terminer +1,88°C [+1,68 ; +2,1]°C — à 90% de confiance — au-dessus du niveau préindustriel 1850-1900, tandis que l’année 2026 devrait se ranger en 2e place des années les plus chaudes enregistrées à l’échelle planétaire, avec une moyenne projetée de +1,51°C [+1,44 ; 1,59]°C à 90% de confiance, un réchauffement dont El Niño serait responsable à hauteur de +0,33°C [+0,19 ; +0,49]°C (17,6% [10 ; 26]% du total) durant la première moitié d’année 2027 et +0,06°C [+0,03 ; +0,09]°C (4,2% [2,3 ; 6,0]% du total) en 2026. Dans le cas d’un scénario plus extrême mais moins probable, 2026 pourrait terminer comme l’année la plus chaude de l’ère moderne avec une anomalie annuelle allant jusqu’à +1.6°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Projection de la température mondiale avec El Niño approchant +2°C au-dessus du niveau préindustriel début 2027
Projection de l'anomalie de la température de surface mondiale par rapport à l'ère préindustrielle entre Juillet 2026 et Août 2027

Appliqué aux précédents El Niño majeurs, le modèle reproduit globalement l’évolution observée des températures mondiales. Il présente toutefois une légère tendance à sous-estimer le pic de réchauffement lors des épisodes les plus intenses, malgré une méthode statistique conçue pour mieux tenir compte des erreurs exceptionnelles.

L’écart constaté, de l’ordre de 0,1 à 0,2°C, reste limité mais constitue un élément important dans l’interprétation des projections pour 2027. Une expérience de sensibilité, visant à tenir compte de cette tendance à sous-estimer les pics lors des épisodes les plus intenses, conduit toutefois à des probabilités de dépassement de +2°C nettement plus élevées, de l’ordre de 45 à 60 %, selon les hypothèses retenues. Ces résultats suggèrent que le risque réel pourrait être supérieur à celui estimé par la projection centrale du modèle, tout en soulignant l’importance de conserver une certaine prudence face à une situation qui sort en partie du domaine des épisodes historiques utilisés pour calibrer le modèle.

Comparaison de l'influence d'El Niño sur les températures mondiales en 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016
Performances du modèle sur les trois épisodes El Niño récents les plus forts
Le réchauffement climatique d'origine humaine reste prédominant

La comparaison avec les précédents El Niño majeurs met en évidence un changement dans la contribution respective de l’ENSO et du réchauffement climatique d’origine humaine. Les résultats du modèle montrent une diminution progressive de la contribution relative de l’ENSO entre les épisodes très forts de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016, tandis que celle du réchauffement climatique devient dominante. El Niño 2026-2027 fait légèrement exception, avec une remontée de la contribution de l’ENSO liée à l’intensité exceptionnelle de l’épisode projeté. Celle-ci reste toutefois marginale face au forçage anthropique, principal facteur du niveau de température mondiale attendu en 2027. El Niño agit ainsi comme un amplificateur temporaire du changement climatique, plutôt que comme une cause unique.

Graphique comparant la contribution d’El Niño au réchauffement mondial lors de quatre épisodes ENSO, avec +0,36°C projeté en 2027.
El Niño pourrait ajouter +0,36°C au réchauffement mondial au paroxysme de son influence en 2027

Un risque accru d'atteinte de points de bascule climatiques

Un dépassement temporaire de +2°C de réchauffement planétaire ne signifie pas que des points de bascule climatiques seraient automatiquement franchis. Il pourrait néanmoins accroître temporairement la pression exercée sur certains systèmes climatiques sensibles, notamment les calottes glaciaires, les écosystèmes comme la forêt amazonienne et le pergélisol. Dans un contexte où le réchauffement de fond continue de progresser, chaque épisode de chaleur supplémentaire contribue ainsi à rapprocher certains seuils critiques, dont les conséquences pourraient se prolonger bien au-delà de l’épisode El Niño 2026-2027.

Au-delà du seul chiffre de +2°C, l’ajout d’une telle quantité de chaleur dans l’atmosphère signifie un potentiel accru de phénomènes météorologiques extrêmes au cours des prochains mois à travers la planète — allant de sécheresses intenses dans les régions tropicales à des inondations et des tempêtes dans d’autres parties du monde comme les États-Unis et, de manière moins directe, en Europe, en passant par une probabilité mécaniquement plus élevée de connaître des épisodes de chaleurs extrêmes durant au moins la première moitié d’année 2027, en hiver comme en été sur les terres émergées.

Si l’influence d’El Niño sur les températures planétaires est actuellement estimée comme faible selon le modèle, celle-ci sera croissante au cours des prochains mois. Ceux-ci pourraient alors nous offrir un aperçu du climat mondial “standard” attendu d’ici le milieu du siècle. L’intensité du phénomène pourrait offrir une fenêtre de planification et de prévisibilité plus élevée qu’à l’accoutumée à cet égard.

En bref

Le réchauffement climatique pourrait atteindre des niveaux sans précédent avec l’apparition, fin 2026, d’un phénomène El Niño susceptible de battre tous les records. Un modèle statistique combinant le réchauffement climatique à long terme et les prévisions relatives à El Niño estime à près d’une chance sur quatre que la température dépasse temporairement +2,0°C au-dessus des niveaux préindustriels début 2027, cette probabilité pouvant atteindre 45 à 60% si l’on tient compte de la tendance historique à sous-estimer les pics de température les plus marqués.

Au cours des prochains mois, un tel réchauffement pourrait avoir des effets mondiaux d’une ampleur sans précédent. Nos résultats montrent qu’El Niño multiplie par environ 1,6 la probabilité de dépasser +1,5°C début 2027 par rapport à un scénario ENSO neutre. Il est très probable que 2027 soit l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une anomalie de température mondiale annuelle comprise entre +1,57 et +1,92°C par rapport aux niveaux préindustriels.

L’épisode El Niño prévu explique la quasi-totalité du risque modélisé de dépassement de +2,0°C. El Niño est donc susceptible de constituer un puissant accélérateur à court terme d’un climat déjà plus chaud, transformant un seuil qui resterait autrement hors de portée en une possibilité réaliste.

Hypothèses, méthodologie et limites du modèle

Le modèle Temperature-ENSO Statistical Regression (TESR) repose sur plusieurs principes mathématiques décrits dans le manuscrit accessible ci-dessous, incluant la prise en compte d’une tendance quadratique permettant de capturer une éventuelle non linéarité dans l’évolution des températures planétaires (accélération ou diminution du rythme de croissance), un décalage temporel d’environ 3 mois entre l’intensité d’El Nino et ses répercussions sur les températures planétaires identifié par le modèle conformément à la littérature, un cycle saisonnier résiduel et une régularisation Ridge, spécifiée et déterministe, couplée à une validation walk-forward

Il se distingue des approches existantes sur trois points : (1) une incertitude quantifiée de façon non paramétrique, directement à partir de la distribution empirique des erreurs d’une validation walk-forward sans fuite d’information, plutôt que par une hypothèse gaussienne théorique ; (2) une sensibilité ENSO non stationnaire, autorisée par le terme d’interaction plutôt qu’imposée constante ; (3) une légèreté computationnelle et une reproductibilité totale, permettant une mise à jour quasi temps réel à chaque nouvelle prévision saisonnière ENSO (C3S), et une réplication indépendante, deux propriétés absentes des systèmes dynamiques lourds.

L’objectif est de fournir, à partir d’un scénario ENSO saisonnier donné, une prévision de l’anomalie de la température de surface mondiale à courte échéance assortie de bandes de confiance et, en particulier, des probabilités de dépassement des seuils de +1,5°C et +2,0°C directement interprétables, avec un code source accessible sur requête et reproductible, conçu pour intégrer plusieurs scénarios ENSO en parallèle en réutilisant la même distribution d’erreur empirique.

Celui-ci possède néanmoins plusieurs limitations inhérentes à un modèle statistique ne capturant pas pleinement les interactions physiques non linéaires. La principale limitation dans la configuration actuelle est que le scénario pris en considération pour établir la présente projection repose sur une extrapolation du comportement du modèle hors de la gamme ENSO historiquement observée.

Le modèle n’a donc jamais été confronté, lors de sa validation, à des valeurs ENSO en entrée comparables à celles du scénario central pour cette période, impliquant que l’erreur de prévision dans ce régime n’a jamais été directement mesurée. Les bandes de confiance et probabilités de dépassement présentées pour les mois les plus extrêmes du scénario (janvier 2027 – mai 2027) doivent donc être interprétées comme une extrapolation du comportement d’erreur historique du modèle, et non comme une mesure directe de sa fiabilité dans ce régime ; il est probable qu’elles sous-estiment l’incertitude réelle dans cette configuration inédite. Toutes les précisions sur l’hypothèse considérée, la méthodologie et les limites du modèles sont accessibles ci-dessous.

Précisions sur l'étude

Les présents résultats sont l’aboutissement d’un long travail d’étude conduit tout au long de l’été 2026 en autodidacte, indépendamment de mes études universitaires. L’étude correspondante a été soumise et approuvée à l’Union Européenne des Géosciences (EGU) en prépublication sans visée de peer-review (validation par les pairs) immédiate, l’une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde dans le domaine des sciences du climat et de l’atmosphère, afin d’assurer que les standards scientifiques de bases soient remplis avant la diffusion des résultats de l’étude sur Météo-Contact et d’obtenir des retours ultérieurs de la communauté scientifique. Je remercie Météo-Contact pour son soutient à la diffusion des résultats de cette étude.

Si vous utilisez une partie ou la totalité des résultats présentés dans le cadre d’articles médiatiques, de publication sur les réseaux sociaux ou autre utilisation, veuillez citer la prépublication EGUsphere qui l’accompagne :

Boussemart, B.: Quantifying the impact of a projected Record-Breaking 2026-2027 El Niño on Global Temperatures using a Statistical Model, EGUsphere [preprint], https://doi.org/10.5194/egusphere-2026-5348, 2026

Celle-ci est distribuée sous la licence Creative Commons Attribution 4.0 International. Vous pouvez copier, partager et modifier le contenu, y compris à des fins commerciales, à condition de créditer l’auteur, indiquer si des modifications ont été apportées et en fournissant un lien vers la publication originelle. Vous ne pouvez pas supprimer ou masquer l’attribution ni présenter le contenu comme étant votre propre création.

Pour toute requête, vous pouvez nous contacter via notre formulaire de contact.

Records de température en direct

Suivez en temps réel l'intégralité des records météo en France.

Dernière mise à jour le lundi 7 septembre 2026 à 13:18:24

Article écrit par Baptiste Boussemart

separateur

Vous avez aimé cet article ? Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous…

error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut