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Un hiver exceptionnellement doux en Europe


 

neige

 

Cet hiver 2019-2020 aura marqué les esprits par sa douceur exceptionnelle en France, par ses nombreuses perturbations atlantiques apportant une pluviométrie excédentaire dans certaines régions, des coups de vent et plusieurs tempêtes.

La France n’est pas le seul pays touché par ce flux océanique perturbé, c’est toute l’Europe de l’ouest et du nord qui en a subi son influence. Quelle est la raison de la persistance de cette tendance pendant ces trois mois d’hiver ?

Cela s’explique du fait que le climat européen est régit par la circulation atmosphérique au-dessus de l’Atlantique nord, montrant une alternance rapide de dépressions et d’anticyclones, conformément aux instabilités des latitudes moyennes. En hiver, en moyenne, on trouve un régime dépressionnaire dans la région islandaise et une situation anticyclonique autour des Açores. Ce système est régulé par un équilibre entre la circulation atmosphérique à ces latitudes, par un courant-jet moyen d’ouest, et la circulation assez stable des courants marins de l’Atlantique nord.

Ce qui s’est produit cet hiver est une situation identique à celle-ci, sauf que ces cellules anticycloniques et dépressionnaires sont restées « stationnaires », et leur différence de pression atmosphérique a été beaucoup plus importante qu’à l’accoutumée. Ceci est dû à un fort courant-jet d’altitude d’ouest en est, provoquant une circulation rapide des dépressions sur l'Atlantique engendrant en Europe une réccurrence de coups de vent, pluie et douceur. Cette configuration est nommée « l’Oscillation Nord-Atlantique positive » (ou NAO+ en anglais). De plus et surtout, le vortex polaire troposhérique est resté concentré au niveau du pôle en lien avec une oscillation arctique  (AO) exceptionnellement élevée cet hiver. Or, un vortex polaire concentré au nivau du pôle favorise les situations NAO+ décrites ci-dessus.

 

Conséquences en France

Ce système océanique de flux d’ouest/sud-ouest a apporté une grande douceur durant ces trois derniers mois battant ainsi de nombreux records. Les températures moyennes ont été largement au dessus des normales. En effet, de décembre à février, la barre des 15°C a été dépassée plusieurs fois sur une bonne partie de la France (Méditerranée, Centre-Est et Sud-Ouest).

Les températures se sont particulièrement envolées début février, avec des maximales enregistrées au nord de la Loire autour de 15°C le 2 février, et des températures nocturnes qui sont restées au-dessus des 10°C la nuit du 2 au 3 février. Des pics de chaleur ont même été enregistrés dans le sud de la France le 2 février. Il a fait 26,6°C à Biarritz et 27,8°C à Combo-les-Bains dans les Pyrénées-Atlantiques. Le 3 février, il a été relevé 26,4°C à Fréjus. La nuit a été exceptionnellement douce du 2 au 3 février avec 18°C à Calvi ; 13,2°C à Clermont-Ferrand, 12,5°C à Dijon et 15,3°C à Montpellier.

Côté précipitations, le mois de janvier a été moins arrosé que décembre et février. Les cumuls ont toutefois été plus importants de la Bretagne aux Charentes. Et voire même 2 à 6 fois au-dessus de la normale dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues au passage de la tempête Gloria en Espagne.

Au niveau du vent, la France a été sous influence régulière de forts coups de vents un peu partout, de façon plus prononcée sur le Nord-Ouest (littoral de la Manche et de la Bretagne) et en Méditerranée. Trois tempêtes (Ciara, Inès et Dennis) se sont même abattues en l’espace d’une semaine entre les 9 et 16 février. Elles ont occasionné des cumuls de pluie importants sur le littoral, des phénomènes de vagues-submersions conjugués à des coefficients de marée élevés.

 

Conséquences en Europe

Cette grande douceur océanique s’est étendue aussi jusqu’à l’ouest de la Russie. Moscou a connu son mois de janvier le plus doux, avec une température moyenne de +0,1°C alors que la normale mensuelle est de -6,5°C. En effet, ce sont les pays des hautes latitudes qui ont connu le plus fort contraste thermique comparé à leurs normales saisonnières. Par exemple, au Danemark, janvier a été aussi le mois hivernal le plus doux depuis que les mesures météorologiques existent, avec une température moyenne de 5,5°C au lieu de 3,9°C de moyenne habituelle. De même, les capitales scandinaves (Stockholm, Oslo, Helsinki) n’ont pas connu en janvier de journée sans dégel (températures inférieures à 0°C toute la journée) et aucune journée de neige !

Avec ce fort courant d’ouest/sud-ouest, les Iles Britanniques ont été en première ligne des perturbations atlantiques et particulièrement de la tempête Dennis qui a été relativement virulente sur l’Ecosse et le Pays de Galles. Des rafales de vent ont été enregistrées à 189 km/h à Aonach Mor et 161 km/h à Cairnwell sur les reliefs écossais. Le Pays de Galles a enregistré des pointes à 146 km/h à Aberdaron, il est tombé l’équivalent d’un mois de pluie en 24 heures (132 mm) et les autorités britanniques avaient placé cette région en alerte rouge fortes pluies-inondation.

 

Conclusion

Les trois mois d’hiver ont été sous l’influence de l’Oscillation Nord-Atlantique positive (NAO+) ainsi que d'une Oscillation Arctique très fortement positive (AO+) engendrant un climat très doux pour la saison sur une très grande partie de l’Europe. Le nord et l’ouest du continent ont été très souvent touchés par des coups de vent et de fortes tempêtes. L’Europe méridionale a connu des pics de températures dépassant souvent les 20-25°C. Cependant, en France, quelques périodes d’accalmies ont eu lieu avec la venue de l’anticyclone des Açores sur l’ouest de l’Europe, occasionnant un rafraîchissement proche des valeurs saisonnières. Mais cette situation s’est révélée de courte durée à chaque épisode (quelques jours consécutifs), et minoritaire sur l’ensemble de l’hiver.

 

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Dernière mise à jour le Mercredi 08 avril 2020 à 18:04:39

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