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Sécheresse dans l'Est de la France : la filière agricole inquiète


 

sécheresse

 

Malgré un automne et un hiver très pluvieux sur l'ensemble du pays, qui ont permis aux nappes phréatiques de se recharger, l'Est de la France connaît une sécheresse importante. D'autant que plusieurs épisodes de sécheresse se sont multipliés ces dernières années.

En effet, les quinze premiers jours de mars furent très arrosés sur l'ensemble du pays, puis le ciel s'est dégagé à partir de mi-mars et ce, jusqu'à fin avril. Depuis 40 jours environ, différentes cellules anticycloniques se sont positionnées tantôt sur l'Europe centrale, tantôt sur l'Europe septentrionale, influençant un temps ensoleillé et sec sur le Nord de la France. De part leurs positions, ces cellules ont apporté un taux d'humidité faible par des vents de secteur d'est ou de sud,  qui ont asséché l'atmosphère et fait grimper le mercure. Des températures anormalement élevées pour un mois d'avril ont été répertoriées en région Centre Val de Loire, l'Ile-de-France, la Bourgogne Franche-Comté, l'Alsace et Rhône-Alpes, avec des moyennes maximales de plus de 20°C et des pics à plus de 25°C pendant plusieurs jours consécutifs sur deux périodes de 10 jours. Dans les régions de l'Est, les températures étaient 4°C plus élevées que la moyenne sur les 27 premiers jours d'avril.

Avec ce temps particulièrement chaud, le manque d'eau se fait ressentir. Les déficits pluviométriques sont de l'ordre de 90% en Alsace et Bourgogne Franche-Comté.  Les villes de Metz, Nancy et Langres ont comptabilisé plus de 30 jours sans précipitations. Ces deux facteurs combinés ont provoqué un assèchement des sols et une évapotranspiration élevée qui fait souffrir la végétation: c'est ce qu'on appelle la sécheresse édaphique (sécheresse de la surface des sols).

Ainsi des cours d'eau se sont vidés. Dans l'Yonne, le niveau des rivières est au plus bas, plus à l'Ouest, dans le département du Loiret, La Loire accuse un niveau d'étiage extrêmement précoce. Pour que le niveau du fleuve remonte, il faudrait qu'il pleuve abondammment dans le Morvan et le Massif Central.

En ce qui concerne le sous-sol, le bilan est plus nuancé. « Cet hiver, les nappes se sont très bien rechargées en eau, précise Violaine Bault, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières. Mais cette recharge n’a pas suffi sur certaines nappes qui sont en déficit depuis trois ans, particulièrement en Auvergne Rhône-Alpes, en Bourgogne et dans le Haut-Rhin. » D’autant plus que cette année, beau temps oblige, la végétation a repris plus tôt qu’à l’accoutumée, « pompant » les quelques gouttes de pluie. « Les nappes ne se rechargent plus depuis début mars, et celles qui sont dites “réactives” car situées dans des sols poreux, se vident très vite, explique l’hydrogéologue. C’est le cas par exemple des alluvions du couloir du Rhône et de la Saône ou des calcaires du jurassique dans le Jura. » Ces régions sont ainsi plus rapidement vulnérables à la sécheresse. En effet, ces secteurs montrent une situation moins favorable, avec des niveaux modérément bas par rapport aux moyennes de tous les mois de mars :

- la nappe d'Alsace au sud de Colmar dont les niveaux sont en légère hausse ou stable mais dont les ouvrages à l'extrême sud restent à des niveaux très bas.

- les nappes des Cailloutis de Bourgogne, les nappes des couloirs fluvio-glaciaires du Rhône amont et moyen et les nappes de l'Est du Massif Central, qui sont fortement impactées par les déficits pluviométriques successifs depuis 2017.  Les tendances sont stables ou à la hausse et la situation s'améliore lentement mais demeure contrastée.

La situation de la sécheresse édaphique devrait s'améliorer par endroits ces jours-ci, avec une perturbation qui a apporté des pluies régulières ce week-end, sur le sud et le centre du Pays, en particulier sur les régions Rhône-Alpes et Auvergne. Mais cette configuration de sécheresse est a surveiller d'autant qu'aucun flux océanique n'est prévu les jours à venir, mais davantage un temps ensoleillé et instable par moment, porteur d'averses orageuses localisées, qui ne suffiront pas à atténuer cette sécheresse.

Au-delà des frontières orientales de l’Hexagone, la situation n’est pas meilleure. En Allemagne, il n'est tombé que 5% des pluies normalement attendues en avril. D’après le service météorologique fédéral allemand, c’est le mois le plus sec depuis le début des premiers enregistrements en 1881. Les sols, qui souffrent encore des conséquences de la grave sécheresse de 2018, sont lourdement touchés. L’absence de pluies printanières a aussi fait baisser les niveaux d’eau du Rhin, voie principale des barges qui acheminent les matières premières vers les usines. La Pologne se prépare à l'une des pires sécheresses depuis plus de cent ans. Le manque d’eau a favorisé de grands incendies dans le parc national de la Biebrza, dont 6.000 hectares de forêt sont partis en fumée ; des bancs de sable blanc habituellement cachés à deux mètres sous l’eau sont apparus au milieu de la Vistule, le plus grand fleuve polonais, dont la profondeur officiellement mesurée est tombée à 60 cm. La Russie a également été touchée par des incendies : en Sibérie, dans la région de Kemerovo, des feux de prairies ont atteint des habitations. En plus des problèmes de navigation fluviale, cette sécheresse en Europe centrale fait craindre des récoltes de céréales réduites à peau de chagrin… et donc une envolée des prix agricoles.

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Dernière mise à jour le Vendredi 15 mai 2020 à 11:52:37

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